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Entretien avec le Professeur Rigobert MBALLA OWONO Array Imprimer Array  Envoyer Partager
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« Le niveau des élèves n’a pas baissé »
Le Professeur Rigobert Mballa Owono explique.


Le professeur Rigobert Mballa Owono: « L’enseignement technique est le meilleur baromètre du développement économique d'un pays ».




Professeur, quelles différences fondamentales y a-t-il entre les sous-systèmes éducatifs anglophone et francophone ?


La question est globale et je commence par une réponse globale. C'est le système éducatif occidental, il y a quelques variantes seulement au niveau des sous-systèmes anglophone et francophone. Au niveau du primaire, vous savez que chez les anglophones, l'école primaire dure sept ans alors que chez les francophones, «a dure six ans. Et d'après les textes en vigueur chez les francophones,
I. On peut redoubler deux fois au niveau de l’école primaire. Et ça fait que lorsqu’' on se présente au niveau de I' enseignement secondaire, on peut y entrer a l'âge de 13 ou 14 ans chez les francophones. Et compte tenu du fait qu'il y a un changement, une certaine mutation qui a lieu de telle sorte qu'au niveau de la c1asse de sixième, on trouve déjà chez les francophones des enfants âges de neuf ans. C’est ce qui a fait en sorte que, au lieu d’entrer dans le secondaire général à l'âge de 13 ou 14 ans, ceux-là, ont les envoie systématiquement au niveau I de l'enseignement technique parce qu'ils enregistrent déjà un certain retard. Je précise ici que s'agissant de l'ensei¬gnement primaire, nous sommes encore régis par les textes de 1966. C’est une circulaire du secrétaire à l'Education du 21 janvier 1966 qui prescrit que l'enfant doit entrer à l’école primaire à l’' âge de six ans, parce qu’il ne faut pas confondre l’école primaire avec la maternelle. Maintenant, pour ce qui est du sous-système anglophone, l’école primaire dure non pas six ans mais sept ans, mais les enfants commencent plus tôt parce que a cinq ans, ils s'inscrivent à l’école primaire.
Au niveau du secondaire, l’enseigne¬ment francophone dure de la même manière, c'est-a-dire sept ans. Alors que chez les francophones, il y a cette barrière du probatoire, les anglophones ne la connaissent pas. Le General Certificate of Education, Ordinary Level, on l’obtient a la cinquième année et non pas a la quatrième année comme on obtient le brevet d'études du premier cycle (BEPC) chez les francophones. Chez les anglophones après I' obtention du GCE 0' Level, l’élève progresse et obtient deux ans plus tard son General Certificate of Education Advanced level, ce qui fait au total sept années d'études secondaires alors que chez les francophones le probatoire est a la sixième année et si vous ne l’'avez pas, vous ne pouvez pas accéder en terminale. C'est ce qui fait la barrière, une barrière que les anglophones ne connaissent pas. Quand on compare les deux sous-systèmes, vous savez que celui qui a le BEPC et celui qui a le GCE 0' Level au niveau de la fonction publique, c'est l'égalité, il n'y a pas de différence du tout alors qu'on fait le GCE 0' Level a la cinquième année de secondaire

 

Quand on se penche sur les résultats les taux de réussite dépassent rarement les 50 % dans les examens officiels du secondaire. La faute a la faiblesse des élèves comme le déclarent certaines?


Ce n'est pas la faiblesse des élèves. II n’ya pas au Cameroun ou dans quelque sous-système que ce soit, la faiblesse notoire des élèves qui ne peuvent pas suivre des cours. Tout cela, c'est une régulation du système. Figurez-vous qu'en 1930 ou 1950, vous aviez au niveau de l'école primaire des élèves de 20 ans, 25 ans qui écrivaient parfaitement français, plus que ceux d'aujourd'hui. ça ne veut pas dire que ceux d'aujourd'hui sont plus faibles ; c'est qu'il y a une corrélation qui est introduite entre le maximum de connaissances que l'on peut assimiler par rapport a l’âge. Psychologiquement, on sait qu'il y a un rapport entre la maturité et de l'individu et la somme de connaissances qu'il peut intégrer. Nos élèves du cours élémentaire II des années 1950, compte tenu de leur âge, de leur maturité pouvaient écrire collecte" "11 han«ais a la différence de l'élève actuel qui n'a que huit ans et vous voulez qu'il écrive le français comme celui qui en a 22. Donc la baisse de niveau est un faux problème. II y a eu d'ailleurs beaucoup d'écrits là-dessus, beaucoup de manuels, beaucoup de textes réflexifs relatifs à cette affaire de baisse de niveau. II n'y a pas de baisse de niveau. Non!
Aujourd'hui, vous trouvez un enfant qui a neuf ans mais qui, non seulement apprend le français et l'anglais, mais encore la technologique, et d'autres disciplines que celui de 1950 ne connaissait pas. Alors, faiblesse de niveau ça n'existe pas! Tous les pédagogues l'ont toujours affirme, il y a une corrélation très forte entre le niveau de l’intelligence et l'âge. II y a aujourd'hui un grand champ de connaissances et on ne peut plus avoir des savants. Le savant, c’est un individu qui maitrisait parfaitement plusieurs domaines de connaissances, actuellement comme les connaissances sont tellement variées, c'est impossible que vous ayez encore des savants.

 

aux différents examens officiels, on se rend compte que les résultats du sous-système anglophone sont meilleurs que ceux du sous-système francophone. A quoi cela est-il dû ?


Cela est dû essentiellement au fait que le GCE O’'Level n'est pas une barrière comme le probatoire chez les francophones. Le sous-système anglophone est plus souple, que le sous-système francophone. C'est pour cela qu'il y a ces résultats, vous savez que les anglophones introduisent la religion dans leurs matières. Vous savez également qu'au niveau du secondaire, les francophones utilisent la philosophie qui n'existe pas chez les anglophones et c’est une matière très corsée et c’est pour cela qu'il y aces échecs des francophones. C'est un ensemble bien huile et «a ne veut pas dire que les francophones soient moins intelligents que les anglophones. C'est l’'esprit d'un système.


N'y a-t-il pas lieu d’opérer des reformes lorsqu' on constate que des matières comme le droit, l’économie et les lettres drainent beaucoup d’étudiants au détriment des disciplines scientifiques ?


II faut déjà retenir une chose fondamentale: l’enseignement technique est le meilleur baromètre du deve10ppement économique d'un pays. Par exemple, l'enseignement technique est plus développe en Allemagne qu'en France et au Japon plus qu'en Allemagne. Et quand on prend l'exemple camerounais, c'est depuis 1965 qu'il y a eu pléthore de juristes au Cameroun. Autrement dit, c'est plus facile de créer une faculté de droit qu'une faculté des sciences pour laque1le il faut des laboratoires, des Equipements sophistiques et très copieux. C'est pour ce1a que l'enseignement technique est toujours en retard que1 que soit le pays par rapport à l'enseignement du droit, des lettres.
Retenez une chose plus un pays est développe, plus l'enseignement technique suit.
 

Quand 1000 enfants entrent à l’école primaire, combien parviennent-ils a obtenir le baccalauréat? Avez-vous des statistiques récentes ?
Des statistiques nouvelles, j'avoue que je n'en ai pas. Mais j'ai un certain nombre de statistiques relatives à ce que l’on appelle une cohorte. Une cohorte, c'est 1000 élèves pris au niveau de la section d'initiation à la lecture (SIL), on voit leur progression jusqu'en terminale, jusqu'au baccalauréat. On voit combien ont été reçus, combien ont échoue ! D'une manière générale, en ce qui concerne le Cameroun, on sait que sur une cohorte de 1000 élèves, à 1a fin du cours moyen II, 80 % abandonnent. Ça c'est la réalité, c'est 20 % seulement qui accèdent au niveau du secondaire. Et quand on voit la progression, c'est 5 % seulement qui accèdent finalement à l'université.

 

 

Êtes-vous au courant que des diplômes sont obtenus par certains étudiants par complaisance?


Eh bien, on en a souvent parle! Et je dis que c’est malheureux pour les enseignants dont la profession est justement d'éduquer correctement,

d'instruire la jeunesse. Si les enseignants se comportent de la sorte, cela veut dire qu'ils ne prennent pas au sérieux leur travail, leur fonction. Disons qu'ils n'ont pas de vocation, ils sont la, ils sont partis a I' aventure, ils profitent de leur position pour avoir des relations intimes avec des jeunes filles et leur pommellent telle ou telle note. II n’y en a évidemment, pas seulement avec les jeunes. Je me souviens d'un certain enseignant qui disait : « call me doctor, I give you two marks - Appelez-moi docteur, je vous donne deux points ». II y a donc ces phénomènes qui sont récurrents mais heureusement qui n'ont pas pris une grande ampleur. Vous savez, a l’école normale supérieure cette année par exemple, les gens se plaignent que le concours a été très difficile. II y a trop de candidats et chaque candidat voudrait aller voir tel enseignant pour lui dire : « moi je te donne un million, deux millions ... ». Ce sont les candidats qui font ce genre de démarches sans savoir que les enseignants sont eux-mêmes très limites. Ils ne peuvent pas satisfaire ces candidats et même s'ils l'auraient voulu, le contrôle est tel qu'ils ne peuvent pas, mais le phénomène est la, i1 ne faut pas le nier, il existe.

 

Quelle perception avez-vous du phénomène de faux diplômes et de faux actes de naissance ?


Ça a toujours existe, il ne faut pas se le cacher. II y avait même a un moment donne des discours politiques dans ce pays qui fustigeaient la pratique très courante de diminuer l'âge dans certaines régions du Cameroun et ça persiste. Les gens de la Fonction publique sont bien places pour vous le dire. II y a des usagers qui se présentent a un ministère en matinée, on leur dit qu'il manque une pièce a leur dossier, l'acte de naissance par exemple. Ils répondent qu'ils vont apporter la pièce qui manque. Dans l'après-midi i1s se présentent avec un acte de naissance qui les rajeunit de plusieurs années. Et les faux dipl6mes sont une véritable gangrène. On essaie de combattre le phénomène. Heureusement d'ailleurs, la grande ampleur que le phénomène allait prendre s’est tassée un peu, grâce a un contrôle très rigoureux au moment des recrutements a la fonction publique ou des concours dans les grandes écoles.
Comment se comportent nos diplômes de I' enseignement supérieur quand ils vont poursuivre leurs études dans les universités étrangères ?

Je ne sais pas sous quel angle \PUS posez le problème. Une fois de plus, je m'excuse en prenant le cas de l'Ecole normale supérieure. Avec le dipl6me du DIPES II (diplôme de professeur de I 'enseignement secondaire, deuxième grade), nos étudiants ne peuvent pas s'inscrire en doctorat ici, mais pourtant quand ils vont au Canada ou en Suisse, ils s’inscrivent immédiatement en doctorat sans problème. Ici chez nous, on dit que le DIPES est un diplôme professionnel et comme tel, son détenteur ne peut pas s'inscrire en doctorat. Nos étudiants tiennent bon dans les pays étrangers puisqu'ils sont bien formes ici. Ceux des facultés n’ont également pas de problème, ils vont a l'étranger avec le DEA par exemple, alors que autrefois ils y allaient après la maitrise. Mais après le système LMD, des qu'ils ont le master II, ils peuvent aller s'inscrire facilement a l'étranger. Je reviens sur les étudiants de l'Ecole normale supérieure qui sont très apprécies a l'extérieur, ils sont parfois parmi les meilleurs.

 

Depuis quelque temps, il y a prolifération d'universités privées Laïques et confessionnelles, I' enseignement dispense dans ces établissements du supérieur est-il de bonne facture?


Une fois de plus, les enseignements ne seront pas au rabais. II y a une flopée d'universités parce qu'au point de départ, il y a énormément de candidas qui veulent faire des études universitaires. Et le gouvernement camerounais a ouvert les vannes, c'est-a-dire qu'il y a des universités privées qui sont autorisées a fonctionner. Cela a fait qu’en ce moment, l'université catholique d'Afrique centrale (UCAC) sait qu'elle a déjà des concurrentes. II y a par exemple l'université catholique Saint Jérôme de Douala que le cardinal Tumi a crée, il y a l'université catholique de Bamenda que les prêtres et les élites locales ont créée et c’est un ancien collègue, le professeur Nkwi qui est a la tète de cette université. Mgr Atanga vient de créer une université catholique à Bertoua. II doit y en avoir une à Buea. Cela fait quatre ou cinq universités catholiques qui doivent fonctionner a cette rentrée 2010-2011. Je me souviens que mon fils qui enseigne a I'UCAC a accompagne son recteur a Rome pour y demander des subsides parce que la concurrence est tellement rude que les autres universités catholiques peuvent battre I'UCAC. II Y a aussi les universités privées telles que l'université des Montagnes, Siantou, Ndi Samba. II y a effectivement beaucoup d'universités en ce moment. Et je crois que c’est a la fois une occasion d'émulation mais surtout pour répondre a une demande précise et très pressée. Il y a énormément de candidats qui aspirent à accéder à l ‘université et c'est pour cela que la création va si rapidement.