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Philosophie: une discipline de la vie PDF Imprimer Envoyer

 Philosophie: une discipline de la vie

 

Interview du surveillant général de l'Institut Baudelaire Bilingue, Noukague Ehonti Innocent. 8 ans déjà qu'il enseigne et l'intérêt de ses élèves pour la matière ne l'a jamais déçu. Pour lui la philosophie est mal comprise par le commun des mortels mais il existe des débouchés pour ceux qui persévèrent.

 

 

Ehonti Innocent Surveillant grl IBB

 

Aulycee: Quel est votre rôle dans l'administration de l'Institut Baudelaire Bilingue ?

 

Noukague Ehonti Innocent: Je suis chargé de la discipline au niveau des élèves et au niveau des enseignants. Mon rôle il est clair: pour permettre que dans un établissement, les élèves puissent suivre, il faut mettre en place des techniques, des stratégies de travail pour assurer la discipline. Ceci va mettre les élèves dans l'ordre, et instaurer de meilleures conditions de travail pour les enseignants. Cela va également éviter d'avoir des salles de classes toujours bruyantes, des élèves toujours en retard et des élèves toujours absents. Le travail que je fais va donc permettre aux enseignants d'arriver chaque matin et de trouver des élèves qui attendent sur place et dans le calme. Je crois que pour le moment ça essaie de mieux se passer.

 

Aulycee: Vous occupez par ailleurs un poste d'enseignant. Comment vous organisez vous ?

 

Noukague Ehonti Innocent : J'enseigne la philosophie. J'ai 8 h de philosophie par semaine. Les heures sont distribuées de manière à ce que chaque fois, je passe 2 h dans une salle de classe. Une fois que les élèves sont entrés dans l'établissement, je fais cours de 11 h  à 13 h parce que de 8 h à 11 h, il faut délivrer les billets d’entrée aux élèves, m'assurer que tous les enseignants sont en place et que les cours ont normalement commencé. Quand je sors de mon cours, je dois délivrer les billets de sortie, je dois recevoir les parents. C'est de cette façon que je m'organise pour faire ce travail.

 

Aulycee: quelles sont vos relations avec les parents d'élèves ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Les parents nous confient des enfants pour leur éducation. Nous continuons à l'école, un travail qui a commencé à la maison. Le rapport avec eux ne peut être qu'une relation de complicité. S'il n'y a pas complicité entre le parent et l'enseignant, on risque de ne pas suivre véritablement l'enfant. Depuis ce matin, j'ai reçu près de 4 parents; qui se plaignent des élèves inscrits aux cours de répétition dans un même établissement; mais qui ne viennent pas. Je continue à suivre les enfants même jusqu'à ce niveau et la complicité avec les parents va me faciliter le travail. Cette complicité me permet de continuer à suivre les enfants même au quartier.

 

Samedi soir, je suis parti rendre visite à un petit oncle. Avant d'arriver chez lui, il y a la maison d'un de mes élèves. Je me suis rendu compte qu'il était à couteaux tirés avec sa maman. Je me suis arrêté pour mettre de l'ordre. Hier le parent m'a cherché et m'a trouvé pour me dire que malgré tout ce que j'ai eu à faire l'enfant est quand même sorti et est revenu à la maison vers minuit. C'est une façon de me demander d'interpeller l'enfant. Je vais le faire après cette interview. Je vais aller dans sa classe pour lui donner des conseils.

Ensuite, je vais rappeler le parent pour lui dire que je suis effectivement revenu sur le dossier qu'il m'avait présenté et ce que j'ai exactement dit à l'enfant. Je sors de mon bureau et je continue le travail au quartier. Je peux rencontrer un parent au marché Mendong ou au marché Acacia et on discute de son enfant: le travail scolaire, les absences, les retards etc. Quand je peux, j'appelle les parents au téléphone pour en parler.

 

Aulycee: Votre parcours académique est-il en cohérence avec votre profession ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Il y a quelques années, entre 95 et 96, je suis en Terminale A. On nous envoie un professeur de français. Quand il arrive il nous demande de prendre des doubles feuilles sur lesquelles nous allons porter les noms, la date et le lieu de naissance, le lieu d'habitation des parents et le métier que nous aimerons exercer dans l'avenir. J'avais choisi l'enseignement et j'avais été beaucoup passionné par les cours de philosophie tels que dispensés par mon professeur à l'époque M Enama qui est aujourd'hui du côté de Victor Hugo au lycée d'Etoug Ebe. J'ai été fasciné et je me suis dit que n'ai pas fait un choix au hasard. Je suis content de ce choix.

 

Aulycee: Comment êtes-vous devenus surveillant général à l'Institut Bilingue Baudelaire ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Je suis arrivée ici en février 2006 pour commencer à enseigner. Les cours commençaient à 7h 30  mais moi j'arrivais à 6 h 00. Voilà le seul critère qui a permis à celui qui m'a choisi, de dire voilà il peut être surveillant général dans ce collège. J'habitais le quartier CRADAT, donc à 5 h 30 j'étais déjà en route. Dans ce comportement on voyait quelqu'un de très ponctuel, et on s'est dit certainement il peut arriver à surveiller les élèves. Je crois que c'est le seul critère parce qu'on me connaissait à peine. Je suis arrivé en février 2006 et à partir du mois de juin on m'a proposé le poste de surveillant général et on m'a donné un bureau.

 

Aulycee: Parlez- nous de la philosophie que vous enseignez ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Le programme des enseignements est vaste. J'ai l'habitude de dire à mes apprenants, à mes enfants que la philosophie est une discipline de la vie. Elle n'est pas là seulement pour un élève qui prépare son Bac, mais elle arrive dans la vie d'un individu pour lui permettre de s'auto-élever. Quand tu commences à exercer cette activité, on te parle de ce qui t'enchaîne. Lorsque tu es entrain de te battre pour te defaire de l'ignorance et de la superstition, tu es entrain de philosopher. Lorsque tu te débarrasse de tout cela, tu sens comme une libération. Tu es entrain de te vider, et de te libérer de ce qui t'empêchait de te définir véritablement comme un homme. La particularité de la philosophie, comme nous l'apprenons avec celui qui est considéré comme le père de cette discipline est que la philosophie est une activité libératrice de l'homme. Lorsqu'on s'intéresse vraiment, c'est à dire lorsqu'on veut la pratiquer et vivre en philosophe, on va se sentir véritablement libre.

 

Aulycee: Comment trouver au-delà de cette abstraction, l’utilité de la philosophie ?

 

Noukague Ehonti Innocent : C'est vrai que nous sommes encore enfermés dans les préjugés selon lesquels la philosophie ne sert à rien, le philosophe est un fou, il n'a pas les pieds sur terre. Je regrette que ce soit un peu plus tard que la philosophie commence à intervenir au secondaire, en classe de Terminale. Si on me demande mon avis, je dirais qu'on doit commencer à enseigner la philosophie dès la classe de 6ème. Les enfants ont des problèmes parce que la morale n'est plus véritablement enseignée. Dans la philosophie, il y a ce qu'on appelle la philosophie morale.

 

On insiste ici sur le comportement de l'homme. Si on commence à enseigner dès la classe de sixième, il n'y a pas autre pratique. La philosophie sera toujours abstraite parce qu'elle ne construit pas les ponts. Mais j'ai l'habitude de présenter l'homme, il est corps, il est esprit. La philosophie agit sur l'esprit. Nous avons en face de nous, des hommes qui ne doivent pas seulement agir et réagir parce qu'ils sont corps. Dans leur manière de faire, on doit avoir en face l'homme qui s'est libéré spirituellement. Il y a des actions que nous posons chaque jour: le commérage, l'égoïsme, l'avarice ainsi de suite. La mentalité est comme si elle était coagulée.

 

La philosophie apprend à l'homme en réalité qu'il faut faire un effort de s'élever. Il faut sortir de ce comportement barbare. Sur le plan pratique, la philosophie aide l'homme à devenir Homme. La philosophie humanise l'homme. Il y a des comportements qui se confondent à l'animalité. Il faut donc sortir de cette animalité pour devenir véritablement homme. La violence et l'irrationnel nous les jetons tous dans l'animalité. Il faut donc sortir pour poser des comportements acceptables, véritablement humains et plus rationnels. Mon souhait est que tout le monde s'intéresse véritablement à cette activité appelée philosophie. Au moins une fois dans la vie, il faut essayer d'accéder à cette activité. Il faut que les hommes se libèrent. Il n'y a pas de paradis au-dessus de nous. Le paradis c'est ici car les hommes par leur manière de faire peuvent transformer cette société, s'ils le veulent. Mais nous vivons comme dans une jungle parce que les gens ne philosophent pas véritablement.

 

Aulycee: Au quotidien qu'elle est la perception de vos enseignements par vos élèves ?

 

Noukague Ehonti Innocent : J'enseigne la philosophie depuis 8 ans. Je n'ai pas été déçu depuis ce temps. Quand je finis mon cours, chaque fois je ressens et je vois dans mes élèves des enfants intéressés. Mes premiers élèves sont en Master de philosophie. Ca me réjouit. Ça veut dire qu'ils ont compris la portée de cette activité. Quand vous formez un enfant pour un an et après un an il décide de devenir comme vous, ça veut dire que vous avez réussi à lui faire comprendre que c'est une matière intéressante. Bref, mes élèves apprécient la philosophie.

 

Aulycee: quelles sont d'après vous les lacunes ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Si je parle de lacunes ce serait disqualifier la philosophie. Il y a plutôt le problème de compréhension. Le philosophe a de la peine à être compris, il continue à être considérer parle commun des mortels comme un fou. Une fois que vous avez dit à quelqu'un, je fais la philosophie, il voit en vous un fou, un athé c'est à dire quelqu'un qui ne croit pas en l'existence de Dieu. Il y a plutôt des idées fausses vis à vis du philosophe et de la discipline. On peut être philosophe et être chrétien, croyant. Il n'y a pas incompatibilité sauf que le philosophe refuse de faire dans le fanatisme et il prend un peu de recul.

 

Quand il prend du recul on pense qu'il est fou. On ne peut pas embrasée une personne de manière massive et abusive, parce que nous avons en face de nous des hommes qui sont ondoyants et divers. Il faut bien prendre du recul parce qu'il est surprise permanente. On ne sait pas ce qu'il est capable de faire d'un moment à l'autre. Le véritable problème auquel est confrontée la discipline est que les gens refusent de comprendre le discours philosophique. C'est lorsqu'on va s'y intéresser qu'on va comprendre sa portée.

 

Aulycee: Concrètement comment arriver vous à susciter l'intérêt pour la philosophie ?

Noukague Ehonti Innocent : J'organise dans les salles de classe, les travaux pratiques dans ce qu'on appelle des exposés. Récemment il y a  une pièce de théâtre que nous sommes en train de monter, toujours en vue de mettre en relief la portée de la philosophie. De temps en temps, il y a des conférences débats qu'on organise pour toujours montrer qu'un homme qui veut véritablement vivre en homme doit savoir que le philosophie est là, en tant qu'activité intéressante et peut lui permettre de devenir homme. A une seule condition s'intéresser au discours philosophique. Ce que je fais à mon niveau au quotidien, je me dis que les autres le font aussi. Nous nous battons pour que tous ceux que nous rencontrons au quotidien puissent s'intéresser au discours philosophique.

 

Aulycee: Quels références conseillez-vous ?

 

Noukague Ehonti Innocent : Il y a des livres tels que "De la médiocrité à l'excellence" d'Ebenezer Njoh Mouelle. Quand vous le lisez c'est comme si vous n'êtes plus de ce monde. Quand vous finissez de lire ce livre, si vous mettez en pratique le discours philosophique contenu dans cet œuvre, vous allez réaliser beaucoup de choses dans votre vie et vous développer véritablement. Dans cet œuvre l'auteur essaie de nous montrer que le développement ne se réduit pas à emmagasiner les biens matériels. Vous savez que des personnes sont capables de tuer leur frère pour de l'argent ou à cause de l'argent. Ce n'est pas ce que nous enseigne la philosophie. Si vous êtes capables de poser cet acte, cela veut dire que vous n'avez pas compris qu'on ne peut pas réduire la valeur d'un homme à l'argent, au bien matériel. Quand on pense que le développement se résume à avoir de l'argent et les biens matériels, on tue quelqu'un pour rien.

 

Le philosophe ne peut pas tuer un homme parce qu'il veut devenir riche. Tuer un homme pour de l'argent  c'est sacrifier une valeur humaine pour rien. Si je vous tue, je vous transforme en chose, c'est à dire que je profite de vous pour devenir riche. Non ça n'a pas de sens. Il faut être très attentif au discours philosophique et quand on le comprend on devient un dieu.

Vous avez le livre du philosophe béninois Paul Houtondji "Problématique africaine de la philosophie des auteurs", des auteurs tels que Platon.  Ce sont des œuvres que j'ai étudié dans le cadre de mes études à l'Université de Yaoundé I d'où je suis sorti avec une Maîtrise en Philosophie Africaine Comparée sous la direction de Lucien Ayissi, Maître de Conférences.

 

Aulycee : Racontez-nous des anecdotes issues de votre vécu quotidien avec les élèves.

 

Noukague Ehonti Innocent : Je me rappelle à une rentrée de septembre, on entre en classe et on commence à parler de philosophie. Nous avons l'habitude de poser des questions aux élèves. Que pensent-ils de la philosophie et quelle idée ont-ils du philosophe ? Un jour, il y a un enfant qui a levé le doigt. "Monsieur, je voudrais dire quelque chose". Quand il s'est levé, il m'a dit "franchement monsieur c'est vrai que je suis en Terminale, mais on ne va jamais me prouver le contraire. Les philosophes sont fous. La preuve c'est qu'il y a un monsieur là-bas au camp Sic, il a la barbe, il ne parle avec personne. Il sort, vous le voyez passer, vous le voyez revenir, vous ne savez ce qu'il fait. Monsieur, je vous dis que le philosophe est fou et peut être vous-même deviendrez bientôt fou".

 

J'ai commencé à rire. Il me revenait à moi, de jouer mon rôle d'enseignant de philosophie. Je lui ai fait comprendre contrairement à ce qu'il croyait, ce que la philosophie est en réalité. Aujourd'hui il est en 3ème année de philosophie. Quand je l'ai rencontré, je lui ai dit: "Toi aussi tu veux devenir fou ?" Il m'a répondu: "Non monsieur. Quand j'ai fini le Bac, je suis encore rentré dans mes cahiers. J'ai compris que la philosophie était une bonne matière. C'est vrai que ça n'arrive pas à tous mes élèves mais cette expérience m'a marqué."

Il y a un autre qui a passé une année avec  moi. Quand nous corrigeons les copies en philosophie, il faut être assez rigoureux. Donc il avait toujours 6, 7, 8 de moyenne sur 20. Il s'est levé un jour et m'a dit: monsieur continuez à me donner 1, j'irai à l'université et je ferai philosophie. Malheureusement, il est allé à l'université, il s'est inscrit en philosophie mais il n'a pas pu faire deux ans en philosophie. Il a abandonné faute de moyens.

 

Je suis à ma 8ème année d'enseignement de la philosophie dans cet établissement et je suis ravi. Je me suis toujours fait comprendre par mes élèves. Cette matière est au coefficient 4 en Terminale A, coefficient 2 en Terminales C et D. Même au niveau de l'enseignement technique, la philosophie intervient. Le seul regret c'est qu'elle n'intervient qu'en classe de Terminale. Quand l'élève n'a pas été bon en français, il va éprouver des difficultés à comprendre certains sujets, pour soigner sa rédaction aussi. Il y a des élèves qui réussissent à obtenir 15 de moyenne à l'examen du Bac. Sortis de Terminale, ils réussissent à avoir 17 / 20 en philosophie à la Fac. Donc la matière passe quand même.

 

Ici à l'Institut Baudelaire Bilingue, nous offrons des cours magistraux à côté des Travaux dirigés qui nous permettent de les amener à s'en sortir. Après les examens, ils reviennent nous dire "Merci". En 2013, nous avons présentés en Terminale A, qui a la philosophie comme matière de base, 72 candidats. Ce n'est que 13 qui ont échoués. Cela veut dire que dans les matières de base ils ont réussi à avoir les moyennes. Ce n'est pas pour me vanter car il y a des enfants qui finissent l'année scolaire sans rien comprendre en philosophie. La discipline devient leur bête noire et quand ils ont leur Bac, ils reviennent me dire : "vraiment monsieur c'est fini, la philosophie c'est finie et plus jamais !"

 

Propos recueillis par Amélie Laure Kemouo

Mise à jour le Vendredi, 21 Février 2014 13:47
 
Histoire Géographie Ecm: comment motiver les élèves PDF Imprimer Envoyer

 Enseignant d'Histoire, de Géographie, d'Education à la Citoyenneté et à la Morale, Tchokouali Simplice, nous parle de la démotivation ambiante pour ces disciplines,  des techniques pédagogiques pour arriver à accrocher les apprenants et leur permettre de se déployer entièrement.

 

Aulycee: Votre parcours d'enseignant est-il en cohérence avec votre profession?

 

Tchokouali Simplice: Je vais dire partiellement, dans la mesure où je suis en principe historien de formation. Je dispense Histoire, Géographie et Education à la Citoyenneté et à la Morale. Mais cela ne relève pas de mes compétences dans la mesure où se sont les pouvoirs publics qui ont voulu cela. Ce sont les textes qui le prévoient puisque ce sont des matières un peu liées. Avant, dans les écoles de formation et même dans les institutions universitaies, elles étaient regroupées dans le même département d'Histoire/Géographie. Aujourd'hui elles sont divisées, mais sur le terrain et dans la formation nous avons des unités de valeurs communes en Histoire ou en Géographie. Je peux donc dire qu'il n'y a pas une cohérence mais ce problème ne relève pas de ma compétence.

 

Sur le terrain on a toujours tendance à nous donner plus de classes que prévues, et des heures qui se rajoutent ici et là. Cependant enseigner a toujours été mon souhait et ce souhait a été exaucé. J'enseigne ces matières aujourd'hui parce que j'ai été flatté et interessé par les disciplines. Je m'en sortais beaucoup au secondaire. C'est mon professeur d'Histoire-Géographie M. Diafre, en classe de Terminale qui avait bien voulu que je fasses histoire en faculté. En tant que pédagogue et aîné, il avait certainement vu en moi certaines prédispositions. Il m'a encouragé et en faculté je me suis inscrit en Histoire. Je suis allé jusqu'en 4ème année et j'en suis sorti avec une maîtrise en Histoire Economique et Sociale. Je crois que c'est un bagage suffisant pour dispenser les cours. J'ai une dizaine d'années d'expérience dans l'enseignement privé avant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure.

 

Aulycee: Quelle est votre vision de l'enseignement de l'Histoire-Géographie dans les lycéees et collèges ?

 

Tchokouali Simplice: Il y a une nécessité de refonte des programmes. Je pense qu'on nous éloigne trop des réalités locales. On leur fait apprendre la géographie de l'Europe, mais on se rend compte que le citoyen camerounais ne connait même pas son village. Je crois que les pouvoirs publics feraient mieux en ramenant cela à notre quotidien.  Je vais aussi déplorer le coefficient qui est affecté par exemple en ECM. Il ne motive pas assez les élèves: coefficient  1 en l'exception de la Terminale, c'est vraiment démotivant. L'un des problèmes dans ces disciplines est le manque d'engagement. Il y a l'introduction du choix de l'Histoire ou de la Géographie aux examens officiels. Les élèves attendent les deux dernières semaines pour reviser ces matières. Or, on ne peut pas faire le travail de 9 mois en 2 semianes. Cela crée une démotivation chez les élèves.

carte cameroun

Aulycee: Faut-il des compétences en plus pour enseigner l'ECM ?

 

Tchokouali Simplice: L'ECM relève de la culture générale et pose beaucoup de connaissances historiques. Un enseignant d'Histoire est donc mieux placé pour l'enseigner. Avec la moralité que revêt cette discipline, les philosophes et les professeurs de philosophie dispensent également cette matière. Il faut aussi des prédilections et une base car parfois il suffit juste d'être ouvert à l'extérieur. Pour la Géographie, il y a un véritable problème, car on ne peut pas se retrouver à 100% dans certains concepts. La géographie à partir de la seconde, contient des  parties trop techniques où les enseignants d'Histoire ne sont pas très calés. Dans les autres classes  du 1er cycle où on parle de la Géographie économique, ça passe bien. Parfois, en essayant de forger, on devient forgeron. On essaie de s'accoutumer. Si c'est une faute alors c'est une faute institutionnelle.

 

Aulycee: Quelle est la perception des élèves de cette matière ?

 

Tchokouali Simplice: La perception n'est pas aussi méliorative que dans les autres disciplines surtout dans les cas où l'enseignant n'accroche pas les élèves, ça devient hâché avec une démotivation. Mais lorsqu'on voit les enseignants qui accrochent les élèves, ceux -ci se déploient véritablement, même si dans la plupart des cas ces disciplines posent des problèmes. L'enseignant lit les cours et l'élève doit copier. Même à la veille des examens tout dépend de l'enseignant. Moi je fais mes cours 4 à 5 semaines avant les examens et j'arrive à rassembler 40 à 50 élèves attentifs, qui se déploient vraiment. Mon collègue M. Nitcheu peut déployer de double. En réalité tout dépend de la pédagogie, de la didactique de l'enseignant. Si l'enseignant se contente de la dictée, il va perdre ses élèves. Il faut trois techniques pour accrocher les élèves: actualiser les cours, procéder par l'interdisciplinarité, rendre le cours vivant par quelques anecdotes.

 

Si le cours parle de l'Egypte ancienne, des pharaons et des royaumes, il faut ramener cela aux chefferies traditionnelles Bamiléks, au Sultanat Bamoun, ou au lamidats du Nord Cameroun. Il faut sortir les images parlantes sur le lamido, ses boubous, le chef traditionnel avec sa canne etc. Tous ces ingredients lorsqu'ils sont réunis, le cours passe bien.

S'il y a une démotivation, c'est aussi par rapport à l'administration de l'établissement qui ne favorise pas ces enseignements. Il faut savoir que l'élève est un psychologue. Si je prends l'exemple de cet établissement, il organise des Travaux dirigés pendant les congés de Noël.

 

L'Histoire et la Géographie ne sont jamais au programme des Travaux dirigés. Je suis un peu fatigué d'en parler car c'est déjà une habitude. Or, il y a des classes ou l'Histoire ou la Géographie représentent coefficient 3 comme en Première. Lorsque l'élève se rend compte que les mathématiques, la physique, l'espagnole sont au progamme des TD tous les jours, en tant que psychologue, il va se dire que pour les autres matières, il n' y a pas un intérêt particulier.

 

Aulycee: Quelle est la perception des parents d'élèves de l'Histoire-Géographie et de l'ECM ?

 

Tchokouali Simplice: Ce manque d'engouement se reflète aussi au niveau des parents, au moment d'acheter le matériel didactique. Quand on insiste, ils vous répondent "Même le livre d'Histoire dis donc ?" J'assistais encore à la remise des prix aux meilleurs élèves dans un établissement de la place il y a quelques mois. On avait remis aux lauréats des livres de mathématiques, de SVT, d'informatique etc. Un enseignant s'est inquiété, "mais pourquoi partout des livres de mathématiques, et d'informatique, est ce qu'on ne peut pas aussi donner des livres d'histoire ?". Il y a cette conception qui est presque déjà institutionnalisée. Je me dis, au lieu de se lamenter, il revient à tout un chacun de s'imposer dans sa discipline. Lorsqu'on s'impose, ça passe.

 

Aulycee: A votre avis que faut-il faire pour améliorer cette perception?

 

Tchokouali Simplice: Les pouvoirs publics gagneraient à refondre les programmes. Au niveau de la 6ème et de la 5ème, on voit déjà l'approche par compétence. C'est un effort de leur part qui n'éloigne plus trop l'enfant de son univers. Avant l'enfant naviguait à vue. Cette approche nous ramène aux réalités quotidiennes. Il y a eu une révision des objectifs pédagogiques. Avant on attendait  de l'enfant qu'il soit capable de citer ou de définir à la fin d'un cours, mais aujourd'hui quand on étudie une leçon c'est pour développer une intuition. Après un cours il faut désormais savoir modifier le savoir être de ses élèves en savoir faire. Il n'est plus un simple perroquet qui récitait sans rien comprendre. 

 

Les dirigeants des collèges gagneraient aussi à intensifier les travaux dans le sens des TD en Histoire Géographie et Ecm. Quand ils priviligient les mathématiques, la SVT, l'informatique, la physique au détriment de l'Histoire forcément ça influe sur la psychologie des élèves. L'enseignant doit pouvoir intéresser les élèves par rapport à sa discipline. Si une discipline compte pour coefficient 1, cela peut ne pas être un problème lorsque l'enseignant s'affirme devant ses élèves. Lorsqu'il fait croire que ce qu'on étudie n'est même pas en rapport avec un examen qu'on doit passer, il a son rôle à jouer.

 

Aulycee: Quelles sont ces anecdotes que vous racontez pour accrochez vos élèves ?

 

Lamido de Ngaoundéré

Sa Majesté le lamido de Ngaoundéré

 

Tchokouali Simplice: L'anecdote ne doit pas être en déphasage avec le cours. Par exemple on étudie l'Egypte ancienne en classe de 6ème. On parle des différentes classes sociales. On arrive sur le clergé qui est l'ensemble des corps religieux. On peut essayer de comparer la situation du clergé dans le temps ancien par rapport au clergé de nos jours. On peut aller jusqu'à citer les cas que nous rencontrons tous les jours. On peut aller jusqu'à reprendre la fameuse chanson du comédien Mitumba qui dit "Jésus n'aime pas les jettons". Vous voyez que c'est le comportement de certains de nos religieux qui encouragent plutôt les fidèles à donner plus de billets. L'enseignant peut entonner cette chanson pour démarquer le clergé d'avant et le clergé d'aujourd'hui. Avant le clergé était au service du peuple mais de nos jours, le clergé est là pour exploiter le peuple. Normalement l'anecdote ne doit pas venir comme ça, car en préparant son cours, rien ne se fait au hasard. On sait qu'on va s'arrêter à un moment donné sur sa fiche de cours pour raconter une anecdote.

 

Il y a des anecdotes sur l'empire du Mali. On peut raconter la légende de Soundiata Keita qui a eu une vie miraculeuse puisque jusqu'à l'âge de 11- 12 ans, il ne marchait pas. On lui a donné un bâton en fer pour se soulever, il n'a pas pu le faire, le bâton s'est cassé. Lorsqu'on lui a remis le spectre de son père, à travers lui, il s'est relevé et il est devenu un grand empereur. Donc l'anecdote ne doit pas être inopiné ou en déphasage avec le cours. On peut parler de certaines catastrophes tels que le volcanisme. Si on parle des effets du volcanisme, on va parler des pertes en vies humaines. On ne va pas certainement manqué de dire que les pouvoirs publics et les Ong vont assister les victimes. On peut faire mention du cas de l'incident qui s'était produit à Nsam. Les pouvoirs publics dédommageaint les victimes, mais les gens prennaient les cadavres pour aller les jetter ailleurs, parce qu'ils savaient qu'il y avait des indemnités. Certains venaient déclarer" J'ai perdu cinq personnes et se mettaient à pleurer. On leur donnait un peu d'argent et ils partaient balancer les cercueils en forêt. Donc voilà des anecdotes qui doivent être en connexion avec le cours et les réalités locales.

 

Propos recueillis par Amelie Laure Kemouo

 

 

 

 

 

 

Mise à jour le Vendredi, 21 Février 2014 01:19
 
Compétitivité des établissements privés PDF Imprimer Envoyer
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Pour rester dans le coup, certains établissements n'hésitent pas à

sortir le grand jeu pour rester au top du classement des parents

d'élèves. La publicité est certes utile et rentable, seulement la

vraie magie pour obtenir les effectifs c'est le travail.

 

La communication joue un rôle déterminant dans le choix définitif du parent

de l'établissement scolaire où son enfant va étudier. Si certaines institutions

privés hésitent encore sur la manière de communiquer, d'autres sont déjà

roder, avec des plans médias bien éléborer à l'avance. En plus de la publiicité

dans les grand médias, le Collège IBB situé à Mendong use en plus

de la communication événementielle. Chaque année, il organise la Journée de

l'élève de l'Institut Baudelaire Bilingue.

 

Une curiosité pour les établissements voisins et un moyen de se démarquer de

la multitude de collèges privés implantés dans l'arrondissement de Yaoundé VI.

Pour le principal Chimi Laurent, il s'agit d'une particularité qui permet depuis

sa création à l'Intitut Baudelaire Bilingue "d'offrir au sein de l'école un espace

de détente à ses élèves,  après 4 à 5 mois de travail intensif."

 

En effet, la fin du mois de decembre est chargé avec des Travaux dirigés avant

le départ en congés de Noêl et du Nouvel an. Après la rentrée de janvier il y a

les séquences qui s'enchaînent les unes après les autres et les cours qui

s'intensifient. Les élèves sont soumis au deuxième trimestre, en plus des

examens trimestriels, aux examens blancs pour ceux des classes d'examens.

Ces examens blancs ont lieu au collège au mois d'avril, après les congés de

Pâques.

 

La Journée de l'élève de l'IBB intervient à cette période de l'année. C'est

l'occasion pour les élèves de se changer les idées et de décompreser un peu.

En effet, il leur est offert de s'exprimer sur le plans culturel à travers des

prestations artistiques et pédagogiques notamment avec les concours

en mathématiques, physiques et chimie. Des artistes de renom sont

également invités pour égaiyer l'évènement. L'année dernière l'administration

leur avait offert Ottou Marcellin. Pendant cette semaine, un championnat de

football est organisé, en plus d'un concours miss et master, des

concours gastronomiques pour des mets traditionnels, tout ceci dans

le but d'associer l'utile à l'agréable.

 

Concours Miss Une cérémonie de remise des bulletins du 2nd cycle au Collège Les Sapins

Concours Miss au collège Les Sapins

 

A côté de cette effervescence, nécessaire à l'épanouissement des

élèves, l'administration du collège garde à l'oeuil les défis majeurs qui

l'attendent. Pour le principal de l'IBB, elle compte bien "améliorer le ratio

élèves-enseignants qui est de 1100 pour 54. Un résultat qui doit tourner autour

de 0,09 %. L'objectif étant de toujours offrir un enseignant de qualité à un élève

en cas de besoin pour l'aider. Il faut se battre pour les résultats. Il ne faut

pas s'amuser et attendre la fin de l'année pour publier de faux résultats

comme certains le font. Nous faisons tout pour que les résultats qui sont connus

de tous restent meilleurs".

 

"Pour que ces résultats obtenus soient connus du grand public, nous devons

aller vers les grands médias: radios, télés. Nous sommes souvent passés par

Canal 2, par la CRTV pour promouvoir notre image. Nous avons besoin de parler

de nos activités et surtout de leur présenter la vérité. Chaque année nous avons

été parmi les 100 premiers établissements sur le térritoire national. Depuis

2003, nous oscillons entre la 100ème, la 23ème et la 50ème position, sur près

de 1000 établisemments classés par l'Office du Baccalauréat National.

Nous comptons faire mieux en travaillant bien sûr." C'est un véritable plan média

qui est donc déployé chaque année, budgétisé et maîtrisé. Pour l'Insitut

Baudelaire Bilingue, le budget ne va pas en deça de 1 500 000 Fcfa à chaque

rentrée scolaire depuis au moins 5 ans. L'objectif visé est clair: être le plus visible.

 

Une partie des parents d'élèves effectue son choix d'établissement en pleine

rentrée scolaire de septembre sans connaître les contenus des enseign-

ements dispensés, voir même sans avoir une idée précise du plan de localisation

de l'établissement. Il est important de maîtriser qui sont les meilleurs sur le

marché de la formation. La promotion à travers des spotss publicitaires est

l'occasion de présenter à la communauté éducative  les produits. C'est aux

parents qu'il revient de faire le choix d'école dans le dialogue avec leurs enfants.

En effet un collège peut offrir la meilleure formation au monde mais s'il est

mal connu ou peu connu, il n'aura pas d'élèves.

 

"Nous affichons des banderoles au maximum pour communiquer dans le plus

de médias possibles. La visibilité sur Internet est un atout certain et notre projet

de site web nous tient vraiment à coeur. A toutes les rentrées scolaires,

nous diffusons des spots publicitaires pendant au moins trois mois de

l'année, particulièrement en septembre, octobre et novembre. Le contenu

publicitaire rappel aux parents ce que nous savons faire, ce que nous avons

fait l'année dernière. Il leur fait comprendre qu'ils font un meilleur choix en

venant inscrire leurs enfants chez nous." explique le principal de l'Institut

Baudelaire Bilingue.

 

Le collège parvient ainsi à mesurer l'impact de cette communication, lorsque

des élèves partent de très loin pour venir fréquenter à l'Institut Baudelaire

Bilingue. "J'ai actuellement des élèves qui partent des quartiers Nsam,

Efoulan, Manguiers pour Mendong. Je me dis que si un parent prend le

risque de faire  partir son enfant de ces quartiers très éloignés de Mendong,

ce que nous avons très certainement bien communiquer sur l'Institut

Baudelare Bilingue. Ce mouvement de la population scolaire pour ici veut dire

que les parents sont touchés par nos messages et surtout que notre travail a

motivé leurs décisions de faire ce choix."

 

Amelie Laure Kemouo

 

 

 

 

Mise à jour le Vendredi, 21 Février 2014 01:35
 
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